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Bulletin no 131 · 1940

Le Pain de ménage

Texte de référence d’Eugène Paré, Section de l’économie domestique du Ministère de l’Agriculture du Québec. Culture du blé, force de la farine, pain bis, pétrissage, fermentation et cuisson — puis les recettes du bulletin en fiches complètes.

Source primaire : Le Pain de Ménage — Eugène Paré (1940)

La culture du blé au Québec

Deux variétés adaptées à la courte saison : Marquis et Garnet. Sol, semis, rendement et conservation avant mouture.

En 1940, le Québec ne produisait qu’une faible part du blé nécessaire à sa consommation et s’approvisionnait surtout dans les provinces de l’Ouest. La saison de végétation trop courte limitait les variétés intéressantes.

Deux blés se démarquaient. Le Marquis : productif, semi-hâtif, grain rouge court et large, d’excellente qualité boulangère — le plus recommandé dans la province, moins adapté à l’Est et au Nord. Le Garnet : très hâtif, grain rouge plus petit, bonne qualité boulangère, rendement un peu moindre, mieux adapté aux régions du Nord.

La quantité à ensemencer était d’environ 1½ minot à l’acre, sur sol plutôt argileux que sablonneux, fertile, bien drainé et exempt de mauvaises herbes. Les engrais augmentaient le rendement, pas forcément la qualité boulangère.

Après une saison pluvieuse, le rendement montait mais la texture et la couleur du pain souffraient. Après une saison sèche, la qualité boulangère était meilleure, le rendement moindre. La moyenne citée : seize à dix-sept minots à l’acre.

Avant la mouture, il fallait trier le grain : un blé gelé ou carié ne donne pas de bons résultats, et une farine contenant des spores de carie est dangereuse. Le blé vieilli au sec et à l’air avant mouture donnait un meilleur rendement que le grain trop frais.

Deux pains tranchés étiquetés Marquis et Garnet, bulletin Le Pain de Ménage, 1940
Les variétés de blé Marquis ou Garnet donnent une excellente farine boulangère. (Paré, 1940)

Force de la farine et composition du grain

Gluten, amidon, son, germe : ce qui fait une farine « forte » à pain versus une farine à pâtisserie.

La force de la farine — pouvoir d’absorption et de rétention d’eau, volume et qualité du pain — dépend surtout de la variété, du sol et de la température. Les farines à pain viennent en général d’un blé dur de printemps ; les farines à pâtisserie, d’un blé plus tendre d’automne.

La teneur moyenne en gluten sec était estimée à environ 8,5 % du poids de la farine. Le gluten absorbe l’eau et fait lever le volume de la pâte. Une farine faible en gluten s’étend plutôt qu’elle ne lève : elle convient mieux aux pâtisseries.

Un grain de blé comprend trois parties : l’écorce (son), l’amande (amidon et gluten) et le germe (huiles, sels minéraux, vitamines). Composition approximative citée dans le bulletin : amidon ~74 %, gluten ~12 %, matières grasses ~2 %, cellulose et eau le reste.

Les moulins à cylindres produisaient une farine blanche représentant environ 50 à 60 % du grain (amidon + partie du gluten). Avec les meules, on obtenait surtout une farine « brune » ou naturelle blutée vers 85 % : amidon, gluten, gru et petit son — seul le gros son (~15 %) était écarté.

Pain blanc et pain bis

Pourquoi Paré défendait la farine domestique à 85 % : vitamines, minéraux, cellulose et goût de blé.

Le bulletin insiste : la farine brune (domestique à ~85 %) a une valeur alimentaire nettement supérieure à la blanche, privée d’une grande partie du son et du germe. Autrefois, le pain blanc était un luxe de la classe aisée ; le pain vraiment bis était le pain quotidien de beaucoup de familles.

La plus grande part des vitamines B et G (thiamine, riboflavine) se trouve dans le germe et le son. La vitamine B est présentée comme antinévritique, stimulante de l’appétit et de la digestion ; sa carence était liée, dans le discours médical de l’époque, à des troubles nerveux et à la constipation. L’huile du germe apporte aussi de la vitamine A.

Les sels minéraux du son et du germe — phosphore, calcium, fer, magnésie — sont rares dans le pain blanc. La protéine est un peu plus élevée dans le pain brun. La cellulose du son n’est pas digérée : elle favorise le transit. La valeur calorique d’une tranche reste comparable (ordre de 70 calories, selon le texte).

Paré recommande, à défaut de farine entière, d’enrichir la farine blanche d’une bonne proportion de blé broyé (cracked wheat) pour le goût et la valeur alimentaire. Certaines minoteries ajoutaient déjà de la vitamine B du germe à la farine blanche.

Le ton du bulletin est celui de la campagne d’économie domestique des années 1940 : arguments de santé publique à lire dans leur contexte historique, pas comme des conseils médicaux contemporains.

Deux miches de pain domestique sur une table, brochure gouvernementale 1940
Fabrication du pain domestique. (Paré, 1940)

Économie du pain de ménage

Acheter le blé, le faire moudre, cuire à la maison : chiffres et logique du bulletin.

Peu de meuniers de la province avaient l’outillage pour une farine à 85 %. Certaines régions avaient formé des coopératives pour produire une farine pure et complète.

Selon le bulletin, fabriquer son pain coûtait environ le tiers du prix d’achat du pain commercial — une économie d’au moins 50 %. L’exemple donné : une famille consommant quatre livres de pain par jour utilisait environ 27 minots de blé par an ; à 1 $ le minot, ~27 $ de grain, contre ~85 $ en pain acheté aux prix de l’époque.

Acheter le blé et le faire moudre permettait aussi d’obtenir une farine non blanchie artificiellement. Le blanchiment (peroxyde d’azote et autres agents cités) était dénoncé comme destructeur de vitamine A.

La note finale du ministère le dit clairement : le but n’était pas l’innovation pour elle-même, mais de pousser l’emploi de la farine domestique et la cuisson à domicile, tout en montrant l’intérêt d’une culture du blé plus intense.

Ingrédients de la panification

Farine, levure, liquide, sucre, sel et matière grasse — ce que le bulletin exigeait pour un pain réussi.

Farine. Choisir une farine à pain, pas à pâtisserie. Farines citées : domestique, entière, blanche, blé d’Inde, avoine, sarrasin, seigle, soya. La farine entière se conserve au frais et au sec : l’huile du germe rancit facilement.

Levure comprimée : fermentation plus courte, plus petite dose ; fragile, à garder au sec et au frais ; à écarter dès qu’elle brunit ou sent le rance. Levure sèche : se conserve plus longtemps, dose environ double, fermentation plus longue — préférée pour les pâtes qui lèvent toute la nuit.

Jadis : levain de pâte, puis levain de pomme de terre (pain plus humide). On pouvait encore utiliser l’eau de cuisson des pommes de terre à la place du lait. Un levain préparé 2 à 3 heures à l’avance (surface couverte d’yeux) économisait de la levure.

Liquide. Eau ou lait le plus souvent ; lait de beurre (pain nutritif mais un peu humide) ; parfois jus de fruits ou lait caillé pour les petits pains chauds. L’eau doit être tiède sur la levure (trop chaude = ferments tués). Ordre de grandeur : 1 tasse de liquide pour 3 tasses de farine. Le lait se chauffe au point d’ébullition puis se tiédit.

Sucre : active la fermentation (environ 1 c. à soupe pour 10–12 tasses de farine ; on peut doubler). Pour le pain brun : cassonade, mélasse ou miel de préférence. Sel et un peu de graisse ou beurre de bonne qualité améliorent texture, volume et conservation ; sans gras, le pain est plus digeste mais moins riche.

Pétrissage, fermentation et cuisson

Les gestes du pain de ménage, étape par étape, tels que décrits et illustrés dans la brochure.

La panification regroupe pétrissage, fermentation et cuisson. Chaque étape exige de l’attention : une erreur se paie sur la mie et la croûte.

Pétrissage. Développer le gluten jusqu’à une pâte lisse et élastique. Le pétrin mécanique (déjà vanté en 1940) assure un mélange plus homogène et moins de fatigue que la huche à manivelle.

Première fermentation. Laisser lever jusqu’au double du volume. Quand la pâte « baisse » au toucher, elle est à point pour être rabattue. Une fermentation assez longue laisse le gaz carbonique se répartir et forme les « yeux » de la mie.

Façonnage. Diviser en pains égaux. Chaque pâton ne remplit que la moitié de la casserole graissée. Seconde levée jusqu’à ce que la casserole soit pleine (double volume).

Cuisson. Four chaud ; durée selon la grosseur (souvent 50–60 minutes pour une miche). Démouler au sortir du four. La brochure illustre aussi la méthode « glacière » : pâte enrichie qui lève toute la nuit au froid, façonnée le matin.

En hiver, augmenter un peu la levure ou allonger la fermentation. Les farines riches en son demandent aussi plus de levure ou plus de temps. La « méthode rapide » du chapitre recettes utilise davantage de levure pour éviter la nuit de levée.

Bol de pâte levée, main et boîte de levure, première fermentation à point
Première fermentation à point : la pâte est baissée et doit lever de nouveau au double du volume. (Paré, 1940)
Mains pétrissant un long boudin de pâte pour arrêter la deuxième fermentation
Pâte pétrie avec la paume de la main pour arrêter la deuxième fermentation. (Paré, 1940)
Morceaux de pâte formés en pains et déposés dans des casseroles graissées
Moulage : chaque pain ne doit remplir que la moitié d’une casserole légèrement graissée. (Paré, 1940)
Deux casseroles de pâte levée au double du volume, prêtes pour le four
Pâte levée à point pour la cuisson : toujours doubler le volume avant d’enfourner. (Paré, 1940)
Rangée de pains dorés sortis des casseroles après cuisson
Pains retirés des casseroles au sortir du four. Le temps de cuisson varie selon la grosseur. (Paré, 1940)
Pétrin mécanique moderne et pétrin à manivelle en bois, vers 1940
Le pétrin mécanique remplace avantageusement la huche : meilleur mélange, moins de fatigue. (Paré, 1940)

Recettes du bulletin

Recettes tirées de Le Pain de Ménage. Chaque carte ouvre la fiche complète sur Recette Québec.